François Hollande n’a plus droit au flou. Président le plus impopulaire de la Ve République, il sait qu’il joue gros avec le « pacte de responsabilité ». Que demi-mesures, double langage et zigzag permanents lui sont plus que jamais interdits. Car c’est à l’aune de cette réforme qu’il sera jugé. Jugé sur la crédibilité de son virage social-démocrate. Jugé sur la cohérence de sa politique de l’offre. Jugé sur son autorité vis-à-vis de la majorité. Jugé sur son aptitude à ramener la confiance.
Bien sûr, l’Elysée a tort de laisser accroire que cette seule baisse des charges constitue la
solution au chômage de masse : et le droit social kafkaïen, et la folle valse des normes, et l’étouffoir fiscal, et les rigidités du marché du travail…? L’exécutif se berce aussi d’illusions en pensant que le bras de fer surréaliste engagé avec le Medef sur les contreparties l’exonérera, en cas d’échec, de ses propres responsabilités.
Solennisé tout autant que le pari de l’inversion de la courbe, ce pacte sera un test, un révélateur, un clarificateur. Le chef de l’Etat ne peut plus être à la fois le Monsieur 75 % qui n’aime pas les riches et l’homme du « hug » qui célèbre la French touch dans la Silicon Valley. A la fois le VRP d’un site France ancré dans la mondialisation et le défenseur d’un nationalisme ringard avec DailyMotion. A la fois l’avocat de l’attractivité made in France devant un aréopage d’investisseurs étrangers et – le même jour ! – le parrain d’une « loi Florange » repoussoir. Entre arbitraire idéologique et réalisme économique, le Florentin de San Francisco devra démontrer qu’il a choisi. En clair, sortir de l’ambiguïté pour sortir de la crise.
Rémi Godeau