Mercredi 4 juin. Certaines rencontres marquent une vie. Du massacre d’Oradour-sur-Glane, le 10 juin 1944, Robert Hébras est l’un des deux seuls survivants, encore de ce monde. Alors âgé de dix-neuf ans à peine, il a été – comme une cinquantaine d’autres hommes, paisibles habitants de ce village de Haute-Vienne – poussé dans la grange dite « Laudy » par des soldats SS issus de la sinistre Division « Das Reich », et fusillé sauvagement comme les autres. Lorsque que les bourreaux ont actionné la mitrailleuse, il a été protégé des rafales par les corps de ses voisins et amis et s’est trouvé recouvert de cadavres sanguinolents ; il a pu échapper au coup de grâce, avant de s’extraire de la grange en feu… L’horreur de ce qu’il raconte posément, sobrement, sans aucune haine apparente, a de quoi glacer les sangs. Et forcer le respect.
Jeudi 5 juin. Certaines rencontres marquent une vie. Grâce à mon ami Stéphane Bern, je fais partie des privilégiés à pouvoir rencontrer en privé S.M. Elisabeth II, dans les salons de la Résidence britannique. La Reine est venue décorer elle-même six personnalités – dont Stéphane ! Entourée d’un impressionnant protocole, sous la protection voyante et bonhomme des fameux « Yeomen Warders » arrivés tout droit de Londres, la souveraine pénètre dans le salon tétanisé. « Please, beseated ! » nous intime son filet de voix haut-perché. Comment la définir ? A la fois charismatique et délicate, souriante et sérieuse, solide au fond et d’apparence fragile… A la fin, tandis qu’elle vient nous dire quelques mots charmants – serais-je en train de rêver ? – je remarque pour la première fois l’incroyable éclat de son regard très bleu. Mais déjà la voilà sur le départ, prête à regagner, n’en doutons pas, le « mainstream » de l’Histoire…
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